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Cet homme est un cueilleur de pierres
du 10/02/2014
par Michel MARASSE
 Histoire et Patrimoine d' Archigny - 65 articles  

  C’est ce que l’on peut penser en voyant Guy Savigny arpenter les champs après labour, scrutant le sol à la recherche d’outils préhistoriques. Et cela dure depuis 65 ans !
Mais ceux-là, ces femmes ou hommes qui découvrent des outils, des grottes, des gouffres, des peintures rupestres… sont appelés « inventeurs ». Et Guy Savigny est l’inventeur d’une collection d’outils préhistoriques remarquable, forte d’environ 2 000 pièces d’importance.

  Son secteur de recherche et de découverte ne sera pas désigné ici pour éviter que trop de personnes, sans autorisation des propriétaires de parcelles, n’aillent dégrader et les cultures et les éventuels liens avec la Préhistoire de notre village.
Un peu de Préhistoire…

  Succédant à Homo habilis (l’homme habile, qui était redressé et marchait sur ses 2 pieds), 1,7 millions d’années avant J.C., Homo erectus (l’homme debout) est présent chez nous il y a au moins 400 000 ans. C’est un chasseur nomade, s’abritant dans des tentes de peau ou des huttes, qui taille les premiers bifaces grossiers, épais, et domestique le feu. Il fréquente notre plateau, qui deviendra un jour Archigny, pendant environ 200 000 ans. Il y laisse des outils, ces fameux bifaces vieux de plus de 400 000 ans avant notre ère, véritables couteaux suisse de la Préhistoire et dont certains font partie de la collection de Guy.




  Le climat planétaire varie. Nous sommes au Paléolithique moyen et les périodes froides permettent de chasser le renne, le bison, le cheval au milieu des résineux et de la steppe glaciaire. Les périodes chaudes développent la même flore qu’actuellement. Le cerf, l’auroch (bœuf sauvage disparu de nos terres il y a seulement 300 ans) et le sanglier sont à leur tour chassés avec des armes en bois et en silex.

  Au Paléolithique moyen, entre 200 000 et 40 000 ans avant notre ère, Néandertal succède à Erectus et nous laisse ce que l’on appelle des pointes et lames Levallois (les premières ayant été découvertes à Levallois-Perret ont donné leur nom à cette méthode de taille). Guy Savigny en possède ainsi que des racloirs sur éclats, et quelques nucléus discoïdes (presque ronds et plus plats que les autres). Les nucléus sont les blocs de silex desquels étaient détachées les lames, éclats et pointes à l’aide de percuteurs. Ces derniers outils ont été utilisés durant toute la Préhistoire et certains d’entre eux font partie de la collection.

  Au Paléolithique moyen, entre – 150 000 et – 40 000 ans, nous trouvons des pointes moustériennes. Elles ont pu servir de pointes de lances ou de simples couteaux. L’outillage lithique est différent de celui du Paléolithique inférieur, les bifaces sont plus fins et plus plats et souvent façonnés au percuteur en os ou en pierre, un abondant travail sur éclat est noté. Le Moustérien est l’époque des premières sépultures.

  Puis, au Paléolithique supérieur, période glaciaire, arrive Cro-Magnon (un Homo sapiens sapiens comme nous) qui rencontre Néandertal. Jusqu’à maintenant nous pensions que seul Cro-Magnon était notre ancêtre, mais il est apparu récemment que nous avions une petite part d’ADN de Néandertal prouvant qu’ils ont cohabité et ont pu concevoir des enfants ensemble… dont nous sommes issus. Nous trouvons alors dans la collection de Guy Savigny, des nucléus à lames, des pointes de chasse originellement montées en sagaies ou en flèches.

  Le Mésolithique, entre 10 000 et 6 000 ans avant notre ère, est une période durant laquelle se met progressivement en place notre climat qui provoque une croissance du couvert forestier. Cro-Magnon est un chasseur nomade habitant toujours dans des tentes ou des huttes. Il domestique le chien (peut-être dès le Paléolithique supérieur). Il utilise de petites pointes de silex comme armatures de flèches. Guy Savigny possède plusieurs de ces minces lamelles et des pointes triangulaires faites en tronquant ces petites lamelles. Bien que minuscules, elles étaient des armes redoutables.

  Et voilà le Néolithique, de – 8 000 à – 2 000 ans, et ses paysans sédentaires. Ils partent du Proche-Orient vers – 8 000 accompagnés de leurs troupeaux de moutons, de chèvres et de vaches. Nous les retrouvons chez nous vers 5 500 ans avant notre ère, vivant sur notre plateau et habitant dans des maisons en bois et en terre dont l’apparence est proche de celles du Moyen-Âge. Ils ont domestiqué la chèvre, le mouton, la vache, le porc et le chien. Un tranchet qui servait à travailler le bois ou la terre entre – 4 000 et – 2 500 ans, ainsi qu’une meule dormante et son malaxeur ont été trouvés par Guy, preuve d’une utilisation agricole des outils.

  Dans la collection de Guy Savigny, un petit nucléus à lamelles en opale résinite, venant de la vallée de la Loire (dans le Loir-et-Cher), est daté de – 4 300 à – 3 800 ans.




  Entre – 3 100 et – 2 900 ans avant notre ère, nous trouvons la collection des lames larges et peu épaisses transformées en couteaux. Elles ont été détachées de nucléus à crêtes antéro-latérales (dit NaCAL). Ces grandes lames, produites en sud Touraine et nord du Poitou, font l’objet d’échanges à longues distances (jusque dans les Alpes). La volonté d’augmenter la longueur de ces lames pour en faire un produit encore plus attractif a conduit les tailleurs de silex à allonger les NaCAL qui peu à peu évoluent vers la fameuse « livre de beurre ».

  Entre – 2 900 et – 2 500 ans, c’est le développement de la production de longues lames, atteignant une quarantaine de cm, extraites des « livres de beurre ». Ces lames, transformées en poignards, sont le plus souvent utilisées comme faucilles. Un lustré sur le tranchant prouve une utilisation de l’outil pour couper des végétaux riches en silice (céréales, roseaux), et c’est le cas sur certaines lames trouvées par Guy Savigny.



  Les lames de haches en pierre trouvées par Guy sont datées de – 6 000 à – 2 000 ans. Les roches de certaines d’entre-elles indiquent des provenances d’origines diverses : Massif Central, Bretagne et une, très belle, en jadéite, vient des Alpes. Cette dernière appartenait certainement à un haut personnage et se trouvait peut-être dans une sépulture. Le fait que des outils d’autres régions se trouvent sur notre territoire prouve la mise en place d’échanges, de troc et de voyages.



  De nombreuses pointes de flèches datant du Néolithique et pour quelques-unes d’entre elles du début de l’âge du Bronze (2 000 et 1 500 avant notre ère), complètent la collection.

  Ainsi, notre commune a été occupée pendant très longtemps et depuis au moins 400 000 ans avant notre ère, au Paléolithique. Des hommes se sont donc installés lors de haltes de chasse, campements divers, et ont certainement fabriqué sur place des outils tels des bifaces, dont témoignent des déchets de façonnage.

  La population préhistorique n’a pas pu être comptabilisée bien sûr, mais il est prouvé qu’elle est devenue beaucoup plus importante au moment de la sédentarisation, c’est-à-dire avec l’agriculture et l’élevage au Néolithique.
Les outils étaient échangés (on trouve les mêmes en Allemagne par exemple) soit en contrepartie d’un droit de passage, d’un service, ou d’un objet…

  À ce propos, d’aucun pourrait penser que les poules et les lapins ont été oubliés dans la domestication préhistorique. Pas du tout. Ces deux gentils animaux sont arrivés plus tard. Les poules, originaires d’Asie, arrivent en France avec les Romains. Les lapins sont domestiqués au Moyen-Âge.
 
  Il ne faut pas oublier notre dolmen, pas en très bon état il faut l’avouer, qui, comme tous ceux de notre pays, a pu être construit entre 4500 et 2000 av. J-C.
Guy Savigny et moi-même remercions vivement Laure-Anne Millet-Richard et Frédéric Demouche, archéologues travaillant au magnifique musée de la Préhistoire du Grand-Pressigny, qui sont venus examiner et dater les objets de cette collection privée.
  Nota : la datation en Préhistoire part de notre ère à reculons, c’est-à-dire avant la naissance du Christ qui est la référence. Un nombre d’années estimé par exemple à – 4 500 avant notre ère, ou avant J.C. correspond en réalité à 4 500 + 2013 (notre ère, depuis J.C.) = 6 513 ans.


Françoise Glain

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