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La chapelle Fradin
du 11/05/2014
par Michel MARASSE
 Histoire et Patrimoine d' Archigny - 65 articles  

La famille Fradin habitait le château de Rijoux à Archigny. Elle a dû acquérir le domaine entre 1881 et 1886 puisque nous la trouvons sur le recensement de cette dernière année mais pas en 1881.

Cette famille se composait d’Albert Fradin, né le 2 juin 1849 à Pleumartin, alors âgé de 36 ans, de son épouse, Alexandrine Genêt, âgée de 27 ans et de leur fils Marc âgé de 7 ans.

Ils étaient propriétaires du château et employaient des agriculteurs et des domestiques. Sur la propriété de Rijoux, vers 1880, où un propriétaire entreprenant (M. Fradin) avait fait d’importants défrichements […] (Ernest Martin, Les exilés acadiens au XVIIe siècle, p. 156.)

Sur le recensement de 1896 le couple et l’adolescent de 16 ans sont tous à Rijoux ; une cousine d’Albert Fradin, Blanche Carré, les a rejoints.

C’est le 31 juillet 1900 au soir qu’Alexandrine Genêt, épouse Fradin, décède à l’âge de 41 ans, au château de Rijoux.


Acte de décès de Constance Julie Alexandrine Genêt, épouse Fradin

AD86, RP 1897-1902 vue 186


On les disait de religion protestante, mais la construction d’une chapelle funéraire écarte cette éventualité, les protestants optant pour une sépulture sobre. Née en Russie de parents français, appartenait-elle à une Église orthodoxe ? Mais la porte de la chapelle est ornée de croix latines. Ou tout simplement, propriétaire d’un domaine et d’un château, la famille a-t-elle choisi un enterrement sur ses terres ? Toujours est-il que la jeune femme ne rejoint pas le cimetière du village mais est ensevelie dans le parc de Rijoux.


Est-ce à l’occasion du décès de son père, Théodule Fradin, survenu le 2 avril 1909 à l’âge de 90 ans, qu’Albert fait l’acquisition d’une petite parcelle de terre dans le bois des Petites Touches appartenant à monsieur Prévost ? Il y construit alors une chapelle funéraire à laquelle mène une allée gravillonnée close en bord de route par un portail. Le corps d’Alexandrine, son épouse, y est transféré, peut-être à cause d’humidité pénétrant dans le caveau du parc de Rijoux. Pourquoi dans ce  petit bois ? S’y était-elle promenée et l’avait-elle apprécié ? Il est situé à moins de 1 000 m de Rijoux, son domicile.


Elle y a dormi longtemps, certainement visitée lors du vivant des siens. Ensuite ce furent les domestiques nommés Barbarin (surnommés les Birbiris, peut-être à cause de leur prononciation de ce patronyme) qui, au fil des ans, firent l’entretien de la chapelle isolée dans le petit bois. Puis tout tomba dans l’oubli.


En 1972, en visite dans sa famille, alors qu’elle se promenait aux environs de la chapelle qu’elle trouvait si calme dans un environnement de verdure si accueillant, une adolescente de la famille Polycarpe/Prévost découvre avec frayeur un corps de femme parcheminé sorti du caveau. La chapelle a été fracturée, vandalisée et la sépulture profanée. Les autorités font remettre le corps, non pas dans son cercueil, mais dans le couloir du caveau. Le garde-champêtre de l’époque, Marius Savigny, monte un muret en parpaings pour fermer l’accès.


Après cela plus personne apparemment ne s’est préoccupé de la chapelle Fradin.

Notre association est allée à sa recherche, dans le bois des Petites Touches.


Plus de portail en bordure de route, il a depuis longtemps été dérobé nous dit-on. Seules quelques pierres forment encore une partie des piliers.


  Du buis et 2 grands cèdres, certainement plantés lors de la construction de la chapelle, attirent notre attention, laissant deviner un lieu funéraire. Et elle est là, au milieu des feuillus, des ronces, du lierre et des pruneliers envahissants. Délimitant ce qui fut autrefois une pelouse entretenue, l’entourage de grillage tendu sur des piquets en fer est rouillé et distendu. Le portillon d’accès, qui existait encore en 1972, a disparu, volé également.



 
Les Cèdres  ,  les buis   mais plus de portillon



Il y avait des piliers supportant un portail fermant l’allée…

 

Que reste-t-il de la chapelle ? Elle est encore debout, mais dans quel état ! Le vandalisme a eu raison d’elle encore et encore.

 



 

La Chapelle Fradin

 

Détails de la porte et du fronton


 

  La lourde porte en fer rouillée est à moitié dégondée et les détritus au sol, à l’intérieur de la chapelle, traces de la civilisation, bloquent son ouverture en entier. Elle est vide, mis à part une très vieille petite couronne desséchée accrochée à un mur blanc. L’extérieur, blanc également, supporte de nombreux graffiti imbéciles, de ceux que l’on grave pour vandaliser ou laisser son nom à la postérité. Sur un côté, 3 marches moussues perdues dans le lierre descendent au caveau situé sous la chapelle, les plaques de fermeture et leurs ferrures d’origine gisent sur les côtés, enfouis dans la mousse. Le muret de parpaing a été fracturé laissant apercevoir le caveau.

 



 

 







Les plaques de fermeture en pierre étaient posées sur les glissières que l’on peut voir encadrant les marches


© Françoise Glain, avril 2014


 Avec prudence nous descendons dans le couloir du caveau. Au sol gisent les quelques ossements cassés et épars du squelette de Constance Fradin et des restes de tissus, certainement issus de ses vêtements, des morceaux de parpaings et de verre cassés. A l’éclairage d’une lampe, nous avons pu discerner quatre cercueils dont l’un entièrement couvert de zinc, un autre au zinc écrasé. Qui a eu l’irrespect de profaner une seconde fois cette morte ensevelie là pour une paix qu’elle n’a pas trouvée ?


Qui d’autre gît dans ces cercueils ? Le père, Théodule ? Albert et Marc ?


Nous avons trouvé l’enregistrement du décès de Théodule Fradin à Archigny, au lieu nommé Rijoux. Mais aucune trace écrite sur son fils et son petit-fils à Archigny ou dans les communes proches.

Les archives ecclésiastiques regroupées à Pleumartin ne mentionnent aucune chapelle, aucune cérémonie religieuse.

 



 

  Nous avons questionné la gendarmerie au sujet des différentes interventions qui ont pu avoir lieu puisque quelques personnes nous ont signalé la venue « plusieurs fois » des gendarmes à la chapelle.


  L’adjudant Baloge, commandant de la brigade de Bonneuil-Matours a bien voulu se pencher sur notre affaire. Depuis plus de 10 ans il n’y a pas eu d’intervention sur ce site. Les archives, hormis pour les affaires criminelles, sont transmises au Blanc (36) et détruites. Un gendarme de la brigade, dont l’ancienneté remonte à 14 ans, n’a aucun souvenir d’une intervention à la chapelle Fradin.


  Nous avons demandé un entretien au maire d’Archigny et lui avons fait part de notre intention de faire refermer le caveau, par devoir, par respect, faisant abstraction de toute religion. Nous ne pouvions pas laisser ces corps encore plus longtemps à la merci de l’air et des animaux.


  Un entretien du 28 avril 2014, avec J.C. Pinneau, maire d’Archigny, a débouché sur un accord. Un employé communal ira à la chapelle et obturera le caveau avec du ciment. Notre association, pour sa part, défrichera l’environnement proche de la chapelle.


Françoise Glain - 05/05/2014

 

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