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L'affaire Augustin Provost
du 12/08/2015
 Histoire et Patrimoine d' Archigny - 65 articles  

l'assassinat de Catherine et Jean Martin de la Gaubertière d' Archigny

L’affaire Catherine Martin, évoquée dans notre article Catherine Martin habitante de la Gaubertière à Archigny, ne pouvait pas rester sans dénouement.

Un homme fut arrêté et incarcéré à Châtellerault suite au double assassinat de Catherine et Jean. Des témoins furent entendus, déposant davantage sur des rumeurs que sur des faits.

Augustin Provost, âgé d’environ 38 ans, nia toujours sa participation à ces homicides.

Un jury le jugea coupable.

Il fut condamné à avoir la tête tranchée sur l’estrade dressée sur la place de la Révolution à Poitiers.

 

Au cours de la lecture des différents actes, les signatures administratives relevées sont les suivantes :

 

Dépositions

Le 12 fructidor an III (29 août 1795), François Lagaudrie, juge de paix de Monthoiron et Pascal Daillé, greffier, se sont rendus au lieu-dit la Gaubetiére à Archigny devant le domicile de Catherine Martin qui avait disparu avec son enfant. Étaient également présents Jeanne Dupuy, inquiète de ne plus voir sa parente qui avait promis de venir l'aider à faire sa moisson, Antoine Savigny, Marguerite Ribreau, domestique d'Augustin Provost, ainsi que Marie Dupuy, cousine de Catherine Martin.

 

Jeanne Dupuy, inquiète de n’avoir pas de nouvelles de Catherine Martin, s'était déjà rendue à la maison de celle-ci. Ayant trouvé la porte close, elle appela Antoine Savigny pour ouvrir la porte mais une fois entrés ils ne trouvèrent rien d'anormal.

Antoine Savigny, après avoir confirmé les faits, rapporta que de son côté, le 23 thermidor an III (10 août 1795), occupé dans un jardin proche de la maison de la femme Martin, il entendit deux fois des cris qu'il crut être ceux de l'enfant de ladite Catherine.

De son côté Marie Dupuy insista sur le fait que le lit était défait, ce qu’elle trouvait anormal.

 

C'est Mme Catherine Bernard, âgée de 27 ans et habitant à Leigné-les-Bois, qui, se promenant dans la forêt de Pleumartin, trouva une chemise d'enfant et les robes d'une femme. Elle appela Louis Bernard et très vite elle prévint Pierre Dupuy, cousin de Catherine Martin disparue depuis un mois. Celui-ci alla immédiatement vérifier les vêtements trouvés et informa le juge de paix de Pleumartin qui constata le délit le 16 fructidor 1795 (2 septembre 1795).

 

François Trépeau, juge de paix de Pleumartin, assisté de Gabriel Fort, Louis Boutin et Antoine Chatillon, ainsi que Benoit Jourde, greffier se rendirent sur les lieux. Ils trouvèrent dans le taillis la chemise d'enfant et deux sabots de femme. Puis plus loin, un corps mort mangé par les bêtes, la tête du corps étant enveloppée dans un jupon afin d'éviter l’effusion de sang. S'y trouvaient aussi deux poches de toile desquelles on retira un assignat de vingt-cinq sous accolé à une lettre de dévotion, et un extrait de baptême de l'enfant de Catherine Martin délivré à Archigny par Pierre Daillé, officier public. À côté ils découvrirent un crâne d'enfant et les os d'un corps, ainsi qu'un sac où avait dû être transporté le petit corps. Le fait que ces deux corps aient été enterrés peu profondément expliquait que les bêtes avaient attaqué la chair. Grace à ces découvertes, ils en déduisirent qu'ils se trouvaient devant le corps de Catherine Martin disparue avec son enfant un mois plus tôt. (Ce passage est détaillé dans note article Catherine Martin habitante de la Gaubertière à Archigny).

 

C'est le fils aîné de Catherine Martin, René Martin, âgé de 17 ans, qui nous renseigne, le 20 nivôse an IV (10 janvier 1796) sur les dires de la femme d'un dénommé Texier habitant les Bouchaux. Elle lui rapporta que son mari, en charriant le fumier d'Augustin Provost, avait vu les vêtements de Jean, l'enfant de Catherine Martin, trouvés par la servante de ce même Provost. Fait confirmé par le témoignage de Silvain Campeau, tisserand à Archigny, le 29 septembre 1795, qui déclara que son serviteur, avec la servante d'Augustin Provost, lui avaient montré deux petits cotillons de toile attachés l'un à l'autre avec une brassière appartenant au fils de Catherine Martin et trouvés dans le fumier d’Augustin Provost proche de la maison de Catherine Martin (à vingt-cinq enjambées).

 

Dans son témoignage du 14 pluviôse an IV, soit le 3 février 1796, François Lagaudrie, juge de paix de Monthoiron, relata lui aussi des faits allant dans ce sens et qui permettaient de définir le suspect. Il expliqua qu’en entrant dans le jardin du dénommé Augustin Provost, voisin et propriétaire de Catherine Martin, il s'aperçut que de la terre avait été remuée dans une forme rappelant la fosse d'un corps.

 

Incarcération

Le 19 fructidor an III Augustin Provost est incarcéré à la maison d’arrêt d’État du district de Châtellerault.

 

Que reprochait-on à Augustin Provost ?

Le 14 frimaire an III, soit le 4 décembre 1794, Catherine Martin accoucha d'un enfant de sexe masculin de père inconnu.

Jean Marquet, 48 ans vivant à Archigny, témoigna le 1er vendémiaire an IV, soit le 23 septembre 1795, que Catherine fit rapidement circuler le bruit dans son entourage que cet enfant était celui d'Augustin Provost, ce dernier lui ayant demandé de faire la déclaration de l'enfant sous le nom de Pierre Provost, son cousin, afin d'éviter tout reproche de sa femme. Ce témoignage fut confirmé par René Bernard vivant sur la commune de Pleumartin le 4 vendémiaire an IV (16 octobre 1795), précisant aussi que Catherine Martin voulait poursuivre Augustin Provost afin de le contraindre à payer une pension pour l'enfant et  Qu’elle avait donné ordre au parrain de faire les poursuites qu’il convenait pour le contraindre à payer pension à l’enfant. Mais que ledit parrain, huissier national à Pleumartin, avait négligé son affaire ce qui fait qu'elle fut chez le juge de paix pour avoir ses pièces et que ladite Martin avait dit qu'elle regardait comme inutile d'avoir d'autres pièces parce que le prévenu lui avait dit qu'il la tuerait. 

 

Pierre Merle, laboureur à la Clairterie déclara le 4 vendémiaire an IV que Catherine Martin lui avait demandé s’il avait une chambre à louer ; il lui en proposa une dans le hameau des Bouchaux.

De plus on apprit qu'Augustin Provost était une personne violente. Marguerite Ribreau, seconde femme de Pierre Provost, père d'Augustin, dans son témoignage du 4 vendémiaire an IV (16 octobre 1795) déclara qu'elle avait connaissance que le prévenu avait levé la main sur son père et qu'il l'avait frappé d'un soufflet et ce il y avait environ douze ans tout en précisant qu'Augustin Provost était ivre. Jeanne Bernier, de la commune de Vicq, dans son témoignage du 29 septembre 1795, déclara aussi dans ce sens et précisa que le prévenu s'était toujours mal comporté et qu'il avait maltraité son père.

 

On sut également qu’Augustin Provost avait plusieurs fois déclaré à qui voulait l'entendre qu'il finirait par régler son problème avec Catherine Martin de quelque façon que ce soit. Michel Pateau, journalier de Coussay-les-Bois, dit au tribunal, le 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795) que  Le prévenu lui avait dit qu'il viendrait à bout de l'affaire avec ladite Martin, à l'occasion de la grossesse de ladite Martin, dont on l'accusait.

 

Enfin, Antoine Chicard, de la Plaudrie à Archigny, et Bertaude, cocassière (note 1 ), demeurant près du pont neuf de ladite commune, confirmèrent avoir rencontré Augustin Provost, avec sa charrette, dans les bois de Pleumartin à l’endroit où les corps avaient été découverts, à l’époque de la disparition de Catherine et Jean Martin. Gabriel Fort, le 19 frimaire an IV (10 décembre 1795), ou encore René Bernard qui apprit par louise Barreau, femme de René Gaillard, teinturier, demeurant au bourg et commune de Pleumartin, que le prévenu avait été trouvé dans les grands bois de Pleumartin qui déplaçait avec sa monture, sans savoir ce que c'était. (Témoignage du 1er vendémiaire an IV, soit le 23 septembre 1795).

 

Augustin Provost fut interrogé plusieurs fois par les juges, que ce soit à Archigny, par le juge de paix, lors de l'inspection de la maison de Catherine Martin, soit à Châtellerault ou encore à Poitiers. Le 19 fructidor an III (5 septembre 1795), Augustin Provost avoua simplement être allé à l'auberge du Cheval Blanc à Pleumartin. Ce ne fut que dans l’interrogatoire du 29 fructidor an III (15 septembre 1795) qu'il dit être le propriétaire de Catherine Martin et qu'il lui avait demandé de partir.

Dans celui du 13 frimaire an IV (4 décembre 1795), il déclara ne pas s'être querellé avec Catherine Martin mais qu'il avait eu avec elle un procès à l'occasion de son enfant âgé d'environ vingt ans qui a demeuré chez lui en qualité de domestique. Il reconnut aussi qu'elle l’avait accusé d'être le père de son plus jeune enfant. Il avoua également être allé dans les bois de Pleumartin mais sans son cheval. Il prit alors comme conseil pour le défendre M. David de Châtellerault. Interrogé par M. Savatier, à Châtellerault, le 4 Brumaire an IV (26 octobre 1795), Augustin Provost reconnut s'être disputé avec son père sous l'emprise de l'alcool, mais ne se souvint pas de l'avoir frappé. Il nia, par contre, avoir eu des relations avec Catherine Martin et insista sur le fait que même s’il l’avait chassée de sa chambre, il ne l'avait pas tuée.

 

L’interrogatoire du 10 Pluviôse an IV (30 janvier 1796) porta sur le dimanche précédent les évènements, jour où Augustin Provost s’était rendu à Pleumartin et était rentré tard le soir en ne croisant personne. Il lui est présenté un tacot ( note 2 ) récupéré dans la chambre de ladite Martin, qu'il ne reconnut pas. Pourtant ce tacot provenait de la maison de Catherine Martin et avait été envoyé par le juge de paix Lagaudrie au juge Hyacinthe Thibaudeau comme l'indique le procès-verbal du 2 pluviose an IV (22 janvier 1796). La présence de ce tacot fut confirmée par le témoignage de René Martin, fils de Catherine Martin. Le juge de paix, Lagaudrie expliqua que Mme Dupuy, en défaisant le lit, avait trouvé un petit morceau de bois et René Martin avait reconnu ce tacot comme étant celui d'Augustin Provost pour l'avoir vu à son usage lorsqu'il était domestique chez lui.

Augustin Provost forma un pourvoi en cassation, s’évada, puis vit son pourvoi rejeté.

Jugement du 16 pluviôse an quatre qui condamne Provost à la peine de mort.

Il s’est pourvu en cassation et s’est ensuite évadé de la maison de justice dans l’après-midi du sept germinal suivant.

Par jugement du tribunal de cassation du 29 dudit germinal la requête de cassation de Provost a été rejetée.

 

Les jurés délibérèrent. Augustin Provost fut jugé le 16 pluviôse an IV (5 février 1796) à Poitiers.

Il fut déclaré coupable du double meurtre avec préméditation et condamné à mort.

 

Que le dit Augustin Provost sera conduit au lieu du supplice, revêtu d'une chemise rouge, et aura la tête tranchée sur un échafaud qui sera dans cet effet dressé sur la place de la Révolution ci-devant dite du Pilori de cette commune de Poitiers, conformément à l'article quatre cent quarante-cinq du code des délits et des peines, dont il a été fait lecture et qui est ainsi conçu : «  L’exécution sera faite sur une des places publiques de la commune où le tribunal criminel tient ses séances ».

 

Suite à son évasion, nous pouvons supposer qu’il fut repris par la police puisqu’il y a eu jugement sans contumace. Nous ne retrouvons aucune trace de l’exécution d’Augustin Provost mais la description du futur supplice est très informative.

Si, au cours de nos recherches, nous avions des informations à ce sujet nous compléterions cet article.

 

Thierry LENFANT – 01/08/2015

AD86 cote L et L SUPPL

 

 

Nota sur les noms de lieux d’Archigny :

La Gaubetière déformation de la Gaubertière.

La Clairterie déformation de la Clerterie.

La Plaudrie déformation de la Plorderie.

Note 1 : volaillère.

Note 2 : moignon de branche, patois du pays chauvinois. Certainement un petit outil puisqu’il l’avait chez lui pour son usage.

 

 

 

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