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Louis François Savigny et Marie Estelle Prévault
du 28/03/2016
 Histoire et Patrimoine d' Archigny - 65 articles  

Cinq enfants dans la Grande Guerre

Il était une fois, au siècle dernier, une famille archignoise qui habitait à l’Épine…

Louis, François Savigny est né au lieu-dit les Flammes, commune d’Archigny, le 12 janvier 1860.

Son père, François Savigny, tisserand de son état, né le 6 septembre 1825 à Archigny, est alors âgé de 34 ans. Sa mère, Marie-Anne Dubois, née le 12 mars 1818 à Bonnes, a 42 ans.

Sont témoins pour la déclaration de naissance, Louis, Lucien Dubois, soldat en congés, âgé de 26 ans, et Louis, Justin Jallais, boulanger, âgé de 47 ans, tous les deux demeurant au Bourg d’Archigny.

Acte de naissance de Louis, François Savigny, AD86 en ligne, Archigny NPMD 1860-1961, vue 2

 

Marie, Estelle Prévault est née au lieu-dit la Grainevalière, commune de Saint-Sauveur, le 5 avril 1862.

Son père, Augustin Prévost, cultivateur, né le 6 mai 1817 à Archigny, est alors âgé de 45 ans. Sa mère, Joséphine Jalais, née le 16 septembre 1829 à Archigny, a 33 ans.

Sont témoins pour la déclaration de naissance, Louis Richard, journalier, âgé de 50 ans, et Pierre Petit, journalier, âgé de 32 ans.

Acte de naissance de Marie, Estelle Prévault, AD86 en ligne, St-Sauveur NPMD 1858-1862 vue 128

 

Louis, François épouse Marie, Estelle le 23 août 1886 à Archigny.

extrait de l’acte de mariage de Louis, François Savigny et Marie, Estelle Prévault,

AD86 en ligne, Archigny NPMD 1886-1888, vue 29.

 

Grâce aux actes de naissance de leurs enfants, il est possible d’imaginer leur vie mouvementée qui était celle des cultivateurs de ce début de XXe siècle… s’installer là où l’on trouvait du travail.

Nous les suivons donc, au fil des années, depuis leur mariage à Lésigny jusqu’à Châtellerault, Chenevelles, Archigny, Chenevelles à nouveau, Coussay-les-Bois, puis Archigny encore et La Puye.

 

De 1887 à 1908, le couple aura 14 enfants. Nous faisons ci-après état de la fratrie, laissant une place plus importante pour cinq d’entre eux mobilisés pour la Grande Guerre.

 

Marie, Louise, née le 13/09/1887 à Châtellerault, mariée à Albert, Fernand Ouvrard le 08/06/1908 à Coussay-les-Bois.

 

Roger, Louis, né le 23/12/1888 à Châtellerault, marié à Marie Pichon le 16/02/1909 à Saint-Sauveur. Trois enfants sont nés avant son départ au front.

Mobilisé, arrive au corps le 03/08/1914 à l’âge de 26 ans, classe 1908, matricule 732.

Renvoyé dans ses foyers à Archigny, par le 5e régiment du génie, le 13/02/1919.

 

Daniel, Angel, né le 13/08/1890 à Châtellerault, marié à Marcelline, Cécile Pichon le 12/04/1912 à Chenevelles.

Mobilisé, arrive au corps le 03/08/1914 à l’âge de 24 ans, classe 1910, matricule 809, 32e régiment d’infanterie.

Blessé au dos le 02/09/1914 à Réméréville (54). Réformé temporaire en mai 1915 pour pleurésie contractée à l’armée. Réforme maintenue en 1916 pour tuberculose.

Revenu dans ses foyers à Bonneuil-Matours.

 

Clémence, née le 23/01/1892 à Chenevelles, mariée à Louis, Fernand Dugast le 04/11/1919 à Archigny.

 

Gustave, Émile, né le 24/03/1893 à Chenevelles.

Incorporé le 26/11/1913. Mobilisé, arrive au corps le 30/07/1914 à l’âge de 21 ans, classe 1913, matricule 509.

Cité à l’ordre de la division n° 48 du 11/08/18 : Canonnier d’un courage et d’un dévouement remarquable, s’est distingué à plusieurs reprises, particulièrement pendant la journée du 18 juillet 1918 en continuant à servir sa pièce avec sang-froid sous un bombardement très violent.

Renvoyé dans ses foyers à Archigny, par le 9e escadron du train, le 02/09/1919.

Il épouse Léontine Bobier le 20/09/1924 à La Puye.

 

Vincent, né le 01/09/1894 à Chenevelles.

Mobilisé, arrive au corps le 10/09/1914 à l’âge de 20 ans, classe 1914, matricule 698.

Blessé le 25 avril 1915 par un coup de feu à la jambe droite lors des combats devant Pelkem (Belgique).

Renvoyé dans ses foyers à Archigny, par le 20e régiment d’artillerie, le 08/09/1919.

Il épouse Mercedes Mallet le 08/11/1920 à Archigny.

 

Raphaël, Clément, né le 01/08/1895 à Chenevelles.

Mobilisé, arrive au corps le 17/12/1914 à l’âge de 19 ans, classe 1915, matricule 607. Blessé par balle au genou droit à Vaux-devant-Damloup (55), le 24/02/1916 ; blessé à nouveau à Soupir (02) le 18/04/1917, à l’avant-bras gauche, blessure nécessitant une amputation.

Cité à l’ordre de l’armée le 19/04/1917 : Excellent soldat plein de courage et d’entrain. A été grièvement blessé pour la deuxième fois à son poste de première ligne le 18 avril 1917.

Médaille militaire du 10 juin 1917 pour prendre rang du 19 avril 1917.

Croix de guerre avec palme.

Chevalier de la Légion d’honneur le 31 décembre 1938 pour prendre rang du 1er décembre 1937.

Réformé par le 132e régiment d’infanterie, revient dans ses foyers à Archigny le 17/04/1918.

Il épouse Léonie, Marguerite, Eugénie Sarrazin le 10/01/1920 à Archigny.

 

Alice, Georgette, née le 03/10/1896 à Chenevelles, mariée à Jules, Georges Sarrazin le 10/01/1920 à Archigny.

 

Henriette, Jeanne, née le 22/06/1898 à Chenevelles, mariée à Louis, Émile, Alfred Collin le 08/11/1920 à Archigny.

 

Charles, Albert, né le 08/07/1899 à Chenevelles. Décédé le 05/09/1899 à Chenevelles.

 

René, Léon, Louis, né le 6 mars 1902 à Coussay-les-Bois, marié à Lucie, Yvonne Mauduit le 09/01/1932 à Lésigny.

 

Élia, Joséphine, née le 25/04/1903 à Coussay-les-Bois, mariée à Armand, Louis Bardeau le 25 juin 1923 à La Puye.

 

Eugène, né le 04/04/1904 à Coussay-les-Bois, marié à Marcelle, Marie Roy le 29/11/1924 à Archigny.

 

Estelle, Marie, née le 28/09/1905 à Coussay-les-Bois, mariée à Jean, Ulysse, Jerôme Desfarges le 26/06/1928 à La Puye.

 

Le retour définitif à Archigny doit se faire entre 1906 et 1911. En effet, la famille est recensée à Coussay-les-Bois en 1906 et l’est à Archigny, au lieu-dit l’Épine, en 1911.

 

Parlons de l’Épine.

Ces parcelles de bois et de terres, déjà nommée l’Épine, sont données à l’Étoile en 1125 par Arnault le Brun.

Le lieu tire certainement sa dénomination de la végétation croissant sur cette terre gaste : pruneliers aux méchantes épines noires, brande, ronces…

On la trouve nommée L’Espine en 1501 dans des documents de l’abbaye.

Claude Garda, spécialiste de l’abbaye de l’Étoile, relève dans les documents : Située à 1 km au nord-est du monastère, la métairie de l'Épine de la terre de l'Étoile contient 120 boisselées de terre aride, le tiers en froment et le tiers en avoine. S'y ajoutent un pré d'environ 10 boisselées produisant au plus 3 charretées et demie de foin très mauvais, pour la nourriture des bestiaux au travail, et 80 boisselées de terre inculte en brande ne produisant que de la litière.

 

La terre de l’Épine, en 1911, et bien après, est toujours gaste et difficile à travailler. Le rendement ne doit toujours pas être important. Est-ce pour l’améliorer en travaillant à plusieurs bras que Clémence, Vincent, Raphaël, Henriette, René, Élia, Eugène et Estelle vivent là, avec leurs parents ? Ou simplement parce que les enfants non mariés restaient à la ferme ?

 

Puis ce sont les retours échelonnés du front : Daniel revient atteint de tuberculose en 1916, Raphaël, amputé regagne la ferme en 1918, les trois autres fils arrivent en 1919. C’est la joie, car ils sont de retour, tant de nombreuses familles ont perdu leurs enfants, mais la peine aussi face à la maladie et aux blessures.

 

En 1920, quatre mariages sont célébrés :

Certainement une lourde charge, de grosses dépenses, pour cette famille nombreuse de cultivateurs, mais une grande fête aussi. On imagine les grandes tables de batterie alignées dans la grange, autour desquelles la famille et celles des gendres et brus sont heureux de ces nouvelles unions.

 

Vers la fin des années vingt, Louis et Marie s’installent au lieu-dit la Ligne sur la commune de La Puye.

 

Et la famille s’agrandit. Les 13 enfants vivants ayant fondé une famille ont à leur tour des enfants… Et la photo de famille, prise en 1926 (ou 1927) rassemble 45 petits et grands autour de Marie et de Louis alors âgés respectivement de 64 et 66 ans.

Sur cette photo Raphaël est reconnaissable à ses médailles militaires gagnées au combat.

Louis, François Savigny décède le 11 mars 1940 à La Puye à l’âge de 80 ans.

Marie, Estelle Prévault, épouse Savigny, décède le 10 novembre 1952 à Lésigny, à l’âge de 90 ans.

La famille Savigny/Prévault en 1926/1927, coll. J. Lonhienne

 

Françoise Glain

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