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La Ligne Acadienne
du 03/04/2020
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Depuis longtemps, c’était « le grand chemin de Châtellerault à Saint-Savin »… en 1773 il deviendra la Ligne le long de laquelle le marquis de Pérusse des Cars,

propriétaire de nombreuses terres envahies de brandes, installe les Acadiens pour défricher son domaine.

Puis, elle deviendra la Ligne-acadienne autour de laquelle les fermes dites acadiennes, construites au XVIIIe siècle, sont le seul patrimoine bâti français concernant cette page d’Histoire.

Colons français, partis outre-Atlantique dès 1604, les Acadiens, chassés de leur nouveau pays par les Anglais 150 ans plus tard, déportés lors du Grand Dérangement de 1755,

reviennent, immigrés, sur leur terre d'origine, et errent pendant une dizaine d'années sur les côtes françaises.

On proposera à un grand nombre d'entre eux de quitter le littoral pour participer à la formation d'une entité agraire en Poitou.

Le principal protagoniste de l'implantation de l'établissement acadien en Poitou est Nicolas de Pérusse des Cars, marquis de Monthoiron, grand seigneur passionné

par la physiocratie qui fait partie de ces esprits éclairés du siècle des Lumières prétendant que la richesse d'un pays provient essentiellement de son agriculture.

Née de sa rencontre avec Turbilly pendant la guerre de Sept Ans, une idée de défrichement fait son chemin. Il sera aidé, dans l’élaboration de son plan, par le surintendant de Blossac.

Le gouvernement envisage l'établissement des Acadiens sur les terres du marquis dès 1773.

Il accepte, espérant, avec leur aide, prouver « qu'il n'était écrit nulle part que les brandes poitevines dussent rester éternellement en brandes. »

Début 1773, Pérusse propose un projet qui établirait 200 familles, permettant à chacune d'entre-elles d'être propriétaire d'un terrain de 176 boisselées,

mesure de Châtellerault, sur lequel seraient construites une maison, avec laiterie et étable, une grange et une cabane à outils. Deux bœufs, deux vaches,

d'autres animaux et des outils viendraient compléter la propriété. Il ferait de la plus grande des fermes une école d'agriculture.

Les terres et maisons destinées aux Acadiens sont situées de part et d'autre du « grand chemin » conduisant de Châtellerault à Saint-Savin.

Sur les 30 maisons préconisées pour 1773 par l'abbé Terray, Pérusse n'en construit que 15. À terme, ce sont 150 fermes qui doivent être réalisées.

Seulement 58 sont réellement édifiées. Leur plan est celui, non pas des petites borderies mais des métairies poitevines de cette époque,

à savoir une pièce à vivre, une grange et une écurie attenantes.

Ces maisons, dites acadiennes, ne ressemblent en rien à celles, en bois, bâties en Acadie.

Elles ne sont acadiennes que de nom puisque liées aux immigrés pour lesquels on les édifie. Il est impossible en si peu de temps d'extraire les pierres nécessaires à la construction.

L'idée d'habitations en bois soumise par Blossac n'est pas retenue ;

celle de Pérusse l'est, différenciant ainsi l'habitation poitevine, en pierre de tuffeau, de celle construite pour les Acadiens.

En effet, il décide de bâtir,comme cela se fait en Normandie, des maisons aux murs de bauge. Toutes les maisons destinées aux Acadiens sont construites à l'identique.

Les murs en pisé de brande ou bousillis reposent sur une assise d'1 mètre de hauteur, composée de gros silex, des chailles, et la charpente et les ouvertures

sont en bois issu de forêts privées locales ; le sol est en terre battue, et pour gagner du temps, le toit, en attente d'ardoises, est en brande.

À cette ferme s'ajoutent une fosse, ou mare, creusée pour récupérer l'argile destinée à la fabrication des fermes et qui restera en eau, et un jardin.

Ces habitations, à la demande des Acadiens, sont réparties par villages allant de deux à huit habitations et s'échelonnent de part et d'autre

du « grand chemin de Berry » renommé « La Ligne » ou « La Ligne-acadienne ».

Un puits, qu'il a fallu creuser, et un four, qu'il a fallu construire, sont disposés pour l'usage de trois maisons.

Le village-type est celui des Huit- Maisons à Archigny, composé de 8 fermes échelonnées face à face le long du chemin allant de Marsujeau à l'abbaye de l’Étoile.

Suite à notre recensement en 2019, sur 58 maisons construites, 19 sont détruites, 39 sont encore existantes (soit maison d'habitation, soit  grange et/ou servitude, soit  mauvais état).

 

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